mardi 6 janvier 2026

Défense : la vision du commandement par le général d'armée Pierre Schill

Face au retour de la guerre en Europe, Pierre Schill, Général d'armée, Chef d’état-major de l’armée de Terre, analyse les nouveaux défis du commandement militaire, entre menaces hybrides, technologies numériques et exigences de cohésion nationale. 

Le retour des conflits de haute intensité sur le continent européen a profondément modifié la manière de penser l’action militaire. Dans son dernier ouvrage, le général Pierre Schill propose une réflexion de fond sur le commandement à l’heure des guerres hybrides, de la révolution numérique et de la fragilisation stratégique de l’Europe. Une analyse qui éclaire les transformations silencieuses de la Défense française. 

Le commandement face au retour des conflits majeurs en Europe

La guerre est revenue en Europe sous une forme durable et structurante. Ce constat s’impose désormais aux états-majors occidentaux. Les affrontements récents ont rappelé que la paix ne peut plus être considérée comme acquise. Dans ce contexte, le commandement militaire doit se préparer à des engagements longs, incertains et exigeants. Pierre Schill insiste sur un point central : les conflits contemporains ne se gagnent pas uniquement par la supériorité technologique. Ils reposent aussi sur la résilience des sociétés, la cohésion nationale et la capacité à durer.

Cette réalité impose aux chefs militaires de repenser leur rôle. Commander ne consiste plus seulement à appliquer des procédures. Il s’agit de donner du sens à l’action, de maintenir la confiance dans des environnements dégradés et de faire face à des adversaires capables de combiner actions militaires, pressions informationnelles et stratégies de déstabilisation. Le commandement devient un exercice d’équilibre permanent entre rigueur, adaptabilité et responsabilité humaine. 

La France évolue dans un environnement stratégique marqué par des alliances fortes mais exposées. Certains partenaires européens se trouvent en première ligne face à des puissances révisionnistes. Cette situation crée une obligation de solidarité. Elle renforce aussi la nécessité d’un commandement capable d’agir rapidement, sans rupture entre la décision politique et l’exécution militaire. Pour Pierre Schill, cette continuité est l’un des piliers de la crédibilité stratégique française. 

Autorité, confiance et technologies : un nouveau visage du commandement pour Pierre Schill

Les évolutions technologiques bouleversent profondément les pratiques militaires. Drones, capteurs, données en temps réel et systèmes numériques offrent un avantage opérationnel considérable. Mais ils posent aussi un défi inédit au commandement. L’abondance d’informations peut ralentir la décision. Le risque de microgestion augmente. Pierre Schill défend une approche claire : la technologie doit servir l’intention, jamais s’y substituer.

Au cœur de sa réflexion se trouve une philosophie du commandement fondée sur la confiance. Le chef fixe un cap. Il exprime un objectif clair. Les subordonnés disposent ensuite de la liberté nécessaire pour s’adapter aux circonstances du terrain. Cette méthode repose sur une exigence forte : l’obligation de résultat. Elle suppose une formation solide, une culture partagée et une responsabilité assumée à chaque niveau de la hiérarchie. 

Cette conception du commandement s’inscrit dans une tradition française ancienne, mais elle prend aujourd’hui une dimension nouvelle. Les menaces hybrides, qu’elles soient militaires, informationnelles ou cyber, exigent des réponses rapides et coordonnées. Le chef ne peut pas tout contrôler. Il doit déléguer, faire confiance et accepter une part d’incertitude. Pour Pierre Schill, c’est précisément cette capacité à décider dans l’incertitude qui définit le commandement moderne.

Enfin, la relation entre pouvoir politique et armée reste un élément clé de l’équation stratégique. En France, cette articulation repose sur un dialogue constant et structuré. L’autorité politique fixe le cadre et les finalités. Les militaires traduisent cette intention en options concrètes. Cette clarté des rôles renforce l’efficacité globale de la Défense et garantit la légitimité de l’action armée dans un environnement démocratique. 

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Le général d’armée Pierre Schill est né le 10 septembre 1967 à Châlons-sur-Marne (51). 

Saint-cyrien de la promotion Lieutenant Tom Morel (1987-1990), il choisit à la fin de sa scolarité de servir dans l’arme des troupes de marine. Après avoir suivi sa formation de chef de section à Montpellier, il est affecté au 3e régiment d’infanterie de marine (3e RIMa) à Vannes. A la tête de sa section, le lieutenant Schill est successivement engagé dans les opérations Epervier au Tchad, Oryx en Somalie et en ex-Yougoslavie à Sarajevo.

Promu capitaine en 1994, il est désigné pour servir au régiment d’infanterie de marine du Pacifique en Polynésie (RIMaP-P) comme officier adjoint.

En 1996, il rejoint Le Mans pour commander la 2e compagnie de combat, "les boucs" du 2e RIMa. Il est déployé en Albanie ainsi qu’en République centrafricaine.

En août 1999, il est affecté à l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr, en qualité d’officier supérieur adjoint, pour encadrer les sous-lieutenants des promotions De la France Combattante, Chef d’escadrons Raffali et Bicentenaire de Saint-Cyr (1999-2002).

Lauréat du concours du cours supérieur d’état-major (CSEM), il suit à partir de 2002 l’enseignement dispensé à la 116e promotion du CSEM puis intègre la 11e promotion du Collège interarmées de défense (CID actuelle Ecole de Guerre). Breveté du CID en 2004, le lieutenant-colonel Schill retrouve, la même année, la garnison de Vannes et le 3e RIMa où il occupe les fonctions de chef du bureau opérations et instruction (CBOI).

En 2004, il est déployé en République de Côte d’Ivoire dans le cadre de l’opération Licorne comme chef opérations du groupement tactique interarmes n°2 (GTIA 2) à Man. En 2006, il est affecté à la division Plans programme évaluation (PPE) de l’état-major des Armées comme officier traitant. Durant trois années, il contribue à la préparation des auditions parlementaires du chef d’état-major des Armées (CEMA). En 2008, ses travaux portent sur l’application de la révision générale des politiques publiques (RGPP) aux Armées dans le cadre de la rédaction du Livre Blanc sur la défense et la sécurité nationale. Puis, il participe à l’élaboration de la loi de programmation militaire 2009-2014 dans le contexte de la pleine application de la loi organique relative aux lois de finances (LOLF) au ministère de la Défense.

En 2009, il est désigné pour commander le 3e RIMa. Chef de corps, il est notamment déployé au Sénégal en 2011 dans le cadre d’une manœuvre amphibie interalliée. A l’issue de son temps de commandement, le colonel Schill fait partie des auditeurs de la 61e session du Centre des Hautes Etudes Militaires (CHEM) et de la 64e session de l’Institut des hautes études de Défense nationale (IHEDN). Adjoint au chef de l’état-major particulier du Président de la République (CEMP) à partir de l’été 2012, il est notamment chargé des opérations militaires, de la programmation militaire et du budget de la défense.

Nommé général de brigade en 2017, il prend le commandement de la 9e Brigade d’infanterie de marine (9e BIMa) dont l’état-major est à Poitiers. En 2019, il est désigné pour occuper les fonctions de chef de la division emploi des forces de l’état-major des Armées.

Le 22 juillet 2021, il est élevé au rang et appellation de général d’armée et nommé chef d’état-major de l’armée de Terre.

Le général d’armée Pierre Schill est officier de la Légion d’honneur, commandeur de l’ordre national du Mérite, titulaire la croix de la valeur militaire avec deux citations.

Marié, il est père de trois enfants. 


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